Posté à 16h43 Mis à jour à 16h48.
Joël-Denis Bellavance La Presse
Tommy Chouinard La Presse
Ainsi, Montréal dépasse la région de Toronto, qui tentait aussi d’obtenir les « centaines de millions de dollars » d’investissements que l’entreprise entend faire au pays dans les années à venir. Cette nouvelle, que l’industrie pharmaceutique attendait depuis plusieurs mois, sera confirmée vendredi en métropole par le Premier ministre Justin Trinto, son homologue du Québec François Lego et le PDG de Moderna, Stéphane Bancel, selon nos informations. Des ministres influents des deux capitales seront également présents à cette annonce, notamment le ministre fédéral de l’Innovation, de la Science et de l’Industrie, François-Philippe Champagne, et le ministre de l’Économie de Legault, Pierre Fitzgibbon. “Moderna a choisi Montréal”, a déclaré à La Presse une source proche du dossier, qui a demandé à ne pas être nommée car elle n’avait pas le pouvoir de parler publiquement de l’annonce de vendredi. Au gouvernement Legault, on bombarde la poitrine. « Le Québec bat l’Ontario ! “, s’est félicitée une source. Cette annonce est l’aboutissement de plusieurs mois d’échanges et de discussions entre M. Champagne et le PDG de Moderna. M. Champagne est considéré par certains comme le CD Howe moderne de Trudeau en raison de ses efforts remarquables pour stimuler l’économie canadienne grâce à des investissements stratégiques dans des domaines clés tels que la biofabrication, le transport électrique et le secteur des véhicules sans batterie. , ainsi qu’un accès Internet haut débit dans toutes les régions du pays. L’annonce représente également une étape importante dans les efforts du gouvernement de Trinto pour reconstruire le secteur de la biotechnologie et des sciences de la vie du pays. Il contribuera à consolider l’écosystème de l’industrie pharmaceutique dans la région de Montréal. Rappelons que Moderna est l’un des deux plus grands fabricants de vaccins à ARN messager COVID-19 au monde – l’autre étant Pfizer / BioNTech. Les vaccins produits par ces deux sociétés ont été utilisés par de nombreux pays pour vacciner leurs populations, dont le Canada et les États-Unis. Au Canada, les provinces ont également utilisé le vaccin à base de protéines fabriqué par le groupe pharmaceutique suédo-britannique AstraZeneca au début de la campagne de vaccination. Tout indique que le gouvernement fédéral s’engagera à acheter, entre autres, une quantité de vaccins en cours de développement dans la nouvelle installation de Moderna au cours des prochaines années. La pandémie de COVID-19 a mis en évidence la vulnérabilité du Canada de plusieurs façons, notamment le manque de production locale de vaccins efficaces contre le coronavirus et le manque de production d’équipements de protection individuelle par les entreprises canadiennes, entre autres. Dès le début, Montréal a pris une longueur d’avance sur les autres villes canadiennes en accueillant les nouvelles installations de Moderna. L’importance du secteur pharmaceutique dans la métropole québécoise joue évidemment en sa faveur. Le PDG de l’entreprise pharmaceutique a annoncé en août dernier, à Montréal, l’intention de Moderna de s’installer au Canada. Pourtant, Stéphane Bancel avait précisé qu’il souhaitait évaluer le pour et le contre des villes en course avant de prendre sa décision. L’entreprise sollicite alors le financement de ses travaux auprès du gouvernement du Québec, sans garantir que Montréal sera éventuellement retenue. Investissement Québec participe donc au financement du projet. La décision était attendue avant la fin de 2021, mais Moderna a été contraint de reporter l’ensemble du dossier en raison de la virulence d’une nouvelle vague COVID-19 qui a alors frappé le continent, dominé par la variante Omicron. En plus du vaccin COVID-19, Moderna a déjà 24 vaccins et traitements en cours de développement, notamment des vaccins contre la grippe, le VRS, le cytomégalovirus, le Zika et le VIH, en plus de produire des traitements contre le cancer et les maladies cardiaques. Le choix de Montréal provoque une annonce non dénuée de piquant d’un point de vue politique. Sept mois après l’élection fédérale, Justin Trudeau et François Legault se rencontreront pour la première fois sur la même plateforme. Pendant la campagne, dans un discours rarement vu par un premier ministre du Québec, M. Legault avait exprimé son soutien à un gouvernement conservateur minoritaire. Il avait demandé au Québec d’être “prudent” avec Justin Trinto, dont le programme est “centralisé” et “dangereux”. Son départ avait apparemment scandalisé les libéraux fédéraux. Dans une entrevue accordée à La Presse en août à l’occasion de l’annonce de Moderna, le ministre François-Philippe Champagne a confirmé que son intention était de faire en sorte que le Canada ne dépende plus jamais de la production de vaccins dans des usines outre-mer en cas de nouvelle pandémie. “Nous n’avons pas choisi le moment de la pandémie. Il est évident que nous ne choisirons pas non plus le moment de la prochaine. Mais il y a une chose que nous pouvons choisir, c’est d’être mieux préparé et d’être plus résilient. “Et c’est exactement ce que nous faisons”, a-t-il déclaré. “Tous les pays du G7 aimeraient voir ces entreprises s’implanter dans leur propre pays. Moderna est bien implantée aux États-Unis, mais ce sera la première fois que la société accepte d’établir un centre d’excellence sur les vaccins à ARN dans un autre pays. En ce qui concerne les vaccins à ARN, c’est l’avenir. Oui, il existe un vaccin contre le COVID-19. Mais il fait aussi de la recherche pour traiter le cancer et d’autres maladies. “Avoir cela ici, dans l’écosystème produit localement, est certainement un gain important pour le Canada.” Le gouvernement fédéral a investi l’an dernier 126 millions de dollars dans la construction du nouveau laboratoire du Conseil national de recherches du Canada à Montréal, où Novavax construit son vaccin contre la COVID-19. Ce vaccin à base de protéines a été approuvé par Santé Canada en février et est maintenant utilisé au Québec. Novavax produit environ deux millions de doses par mois de son vaccin dans son usine de Montréal.