Or, par rapport à cette année de référence, le Québec est désormais à moins de 3 % de sa cible : en huit ans, c’est ce qui nous sépare de 2030, il faudra le faire plus de 12 fois – en termes de réduction du GES – ce nous avons réussi à faire en 32 ans, a expliqué Benoit Sarrett. Le défi est colossal.
Dans le budget lié à ce plan de mise en œuvre 2022-2027, le Québec a la plus grande part, près de 3,5 milliards de dollars, dans la réduction de l’empreinte carbone des transports. Ce secteur produit plus de 43 % des émissions du Québec.
Le gouvernement Legault dispose également de plus de 2,1 milliards de dollars pour accélérer la transition verte des industries et des bâtiments. Pour rendre les bâtiments plus éconergétiques, Québec investit près de 758 millions de dollars.
Pour le seul secteur industriel, les investissements atteindront 1,34 milliard de dollars, soit le double de ce qui était prévu en 2020, lors du lancement du premier plan de mise en œuvre de la Coalition gouvernementale avenir Québec (CAQ).
En conférence de presse jeudi, le ministre Sarrett était accompagné de François Bonardell et de Jonathan Julien, respectivement ministres des Transports et de l’Énergie et des Ressources naturelles.
“Pour chaque dollar que nous investissons, nous devons examiner l’efficacité qu’il procure dans la réduction des gaz à effet de serre. […¸]Il faut choisir les investissements les plus convaincants, qui donnent le plus de résultats. »
– Extrait de Jonatan Julien, ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles
Québec a maintenant défini et financé 51 % des mesures à prendre pour atteindre la cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, indique le gouvernement Legault.
Il s’agit d’une augmentation de 9 % par rapport à 42 % en 2020.
Électricité des transports
Le gouvernement du Québec veut accélérer l’électrification des écoles et des transports en commun. Le ministre Bonnardel a rappelé l’investissement de 5 milliards de dollars que François Legault avait annoncé à la COP26 en novembre dernier pour l’achat de 1 200 autobus urbains. Ministre des Transports François Bonardell Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers Pour 2021-2022, 906 autobus scolaires ont été commandés auprès de nos fournisseurs, a ajouté François Bonnardel, mentionnant également le prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal, entre autres actions visant à réduire l’impact environnemental et les émissions de gaz à effet de serre des transports. Dans sa propre flotte de véhicules, qui compte un peu plus de 1 700 véhicules électriques, le gouvernement Legault cherche à électrifier :
l’ensemble des 18 000 véhicules légers d’ici 2030 ; 25 % de ses camions d’ici 2030. 100 % des véhicules lourds d’ici 2040.
Pas de taxe supplémentaire
Mais le gouvernement Legault refuse de punir les citoyens qui adoptent des comportements polluants, comme le réclament les organisations environnementales et les partis d’opposition. Le plan dévoilé jeudi n’inclut pas de taxe supplémentaire à l’achat de gros véhicules, comme les véhicules utilitaires sport (SUV). Selon la ministre Charette, les Québécois doivent déjà payer leurs gestes les plus « odieux », ne serait-ce que par le prix de l’essence à la pompe. « Nous ne travaillons pas pour punir, au contraire, nous voulons mobiliser le Québec. » – Extrait de Benoit Charette, ministre délégué à l’Environnement et aux Changements climatiques Une décision vivement dénoncée par Gabriel Nadeau-Dubois, chef parlementaire de Québec solidaire lors d’une conférence de presse. Cela n’a pas de sens, dit-il. Québec Gabriel Nadeau-Dubois solidaire Photo : Radio Canada / Sylvain Roy Roussel Au Québec, on devrait appliquer le principe du “pollueur-payeur”, a raillé le député solidaire. Ce que Benoit Sarrett nous dit, c’est qu’il appliquera le principe du « pollueur payé ». Ce n’est pas un gouvernement axé sur la lutte contre les changements climatiques, a déclaré Sylvain Gaudreault, porte-parole du Parti québécois (PQ) pour l’environnement et les changements climatiques. Ce n’est pas vrai que cela ne dépend que du ministre de l’Environnement, a poursuivi M. Gaudreault. […] La vraie personne qui doit prendre les décisions, c’est le premier ministre et il n’est évidemment pas là.
Un demi-plan, critique Greenpeace
Patrick Bonin, directeur de la campagne Climat-Énergie de Greenpeace Canada, déplore qu’après plus de trois ans au pouvoir, le gouvernement Legault n’offre que la moitié d’un plan qui n’atteindra que 50 % de sa cible de 2030. Cependant, cet objectif est déjà largement insuffisant, estime-t-il.
« Subventionner davantage l’industrie, alors que celle-ci devrait plutôt payer pour réduire ses émissions, est clairement inacceptable », a déclaré M. Bonin.
Patrick Bonin, chargé de campagne énergie climat pour Greenpeace Canada
Photo : Radio Canada / Étienne Côté-Paluck
Le responsable de Greenpeace affirme que le gouvernement Legault dépenserait plutôt 1 milliard de dollars pour l’électrification des transports, alors que cela ne coûterait rien s’il introduisait un bonus malus destiné à décourager l’achat de véhicules énergivores.
“Le gouvernement distribue des cadeaux à l’industrie et ne serre pas assez la vis. »
– Extrait de Patrick Bonin, responsable de la campagne climat-énergie de Greenpeace Canada
En ce qui concerne les concessionnaires et les constructeurs de véhicules, a poursuivi M. Bonin, le gouvernement devrait les obliger à introduire des véhicules électriques et renforcer considérablement son projet de réglementation pour les véhicules à zéro émission.
Aider les secteurs industriels à réduire leur empreinte carbone est une bonne idée, affirme Marc-André Viau, directeur des relations gouvernementales chez Équiterre, car cela fait partie des émissions de gaz à effet de serre. Le problème, c’est qu’on a l’air d’avoir déshabillé Pierre pour habiller Paul, dit-il.
“Nous avons appris récemment que nous allions retirer les subventions aux transports en commun, subventions qui provenaient du marché du charbon. Et là, on semble les prendre et les donner à l’industrie. Vous devez faire les deux ! »
– Extrait de Marc-André Viau, directeur des relations gouvernementales d’Équiterre
On a l’impression que le ministre fait la moitié des choses et c’est pour ça qu’il arrive à 50%, déplore-t-il.
De son côté, le Réseau Environnement exhorte le gouvernement Legault à mesurer et diffuser plus rapidement et plus fréquemment les données d’inventaire des GES. Il faut permettre le suivi annuel des fonds prévus à cet effet, plaide ce groupe d’experts en environnement au Québec.
De plus, le jour du dévoilement du plan gouvernemental, le Parti libéral du Québec a déposé un projet de loi proposant d’inscrire le droit à un environnement sain dans la Charte des droits et libertés.
Nous sommes en état d’urgence pour le climat, disent tous les experts. Il est plus important que jamais de mettre en place des mesures qui forceront les décideurs actuels et futurs à agir en conséquence, a déclaré la députée Isabelle Melançon, qui a déposé le projet de loi.
Avec les informations d’Elisa Serret