Le policier qui a tué dimanche au Pont-Neuf à Paris deux hommes qui auraient reparti, en voiture, vers une patrouille, a été mis en examen mercredi précisément pour “homicide volontaire” sur le conducteur. S’appuyant sur la légitime défense, cette circonstance n’a pas été maintenue à ce stade. Le pacificateur de 24 ans, qui encourt jusqu’à trente ans de prison, a été placé sous contrôle judiciaire. Interrogé par nos confrères de franceinfo, le représentant général du syndicat de police Alliance a dénoncé une décision “inacceptable”. Il estime que dans ce cas, la loi régissant les cas de légitime défense devrait s’appliquer.

Que dit la loi?

La loi du 28 février 2017 a étendu les conditions dans lesquelles les policiers peuvent faire usage de leurs armes. Selon l’article 453-1 du code de la sécurité intérieure, dans l’exercice de leurs fonctions et revêtus de l’uniforme ou des insignes extérieurs et visibles de leur qualité, les agents de la police nationale et les militaires de la gendarmerie nationale peuvent faire usage de leurs armes en cas de nécessité absolue » et de manière « strictement proportionnée ».

Critères particuliers

Cinq circonstances sont possibles. En cas “d’atteintes à la vie ou à l’intégrité physique” du policier ou d’autres personnes. Quand, “après deux appels bruyants, les policiers ne peuvent pas autrement défendre les locaux qu’ils occupent ou les personnes qui leur ont fait confiance”. Troisième cas, si la police « ne peut contraindre à arrêter, outre l’usage des armes, les personnes qui cherchent à s’évader de détention ou de perquisition et qui sont susceptibles de commettre, lors de leur évasion, des atteintes à la vie ou à leur intégrité physique ou qui d’autres’. La légitime défense est également maintenue pour « empêcher la récurrence, dans un court laps de temps, d’un ou plusieurs meurtres ou tentatives de meurtre qui viennent d’être commis ».

Réponse disproportionnée

Cinquième cas, les policiers peuvent utiliser leur arme “lorsqu’ils ne peuvent pas s’arrêter, sauf pour l’utilisation d’armes, de véhicules, de bateaux ou d’autres moyens de transport, dont les conducteurs n’obéissent pas à l’ordre “stop”. Si les circonstances de dimanche semblent se rapprocher de ce dernier point, les enquêteurs ont estimé que la réponse n’était pas “strictement proportionnée” comme l’exige la loi. Par conséquent, à cause de cet élément, ils n’ont pas maintenu l’autodéfense. Toutefois, le parquet a précisé que de nombreuses enquêtes devaient être menées sur les faits, en partie de nature pénale, notamment sur la question de la légitime défense. Parallèlement, le parquet a également ouvert une enquête pour “tentative d’homicide sur personne dépositaire de la puissance publique”, qui a été confiée à la police judiciaire de Paris.