Alors que certains syndicats de police appellent à un rassemblement en riposte le lundi 2 mai, franceinfo revient sur le sujet.

1Que reproche-t-on au policier qui a tiré ?

Le policier a été inculpé pour diverses raisons. Celui d’« homicide volontaire » ne concerne que le décès du conducteur du véhicule. Ce dernier, selon un rapport de police, “s’est précipité sur l’un des agents qui sortait pour l’éviter”, alors que les cinq policiers de la patrouille s’apprêtaient à le contrôler. C’est alors que le casque bleu de 24 ans, seul tireur, a ouvert le feu avec son arme. Il a utilisé “douze cartouches” et six impacts de balles ont été trouvés dans le pare-brise avant, a indiqué à France Télévisions une source proche du dossier. Selon une source judiciaire, le policier est également accusé de “violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique ayant entraîné la mort sans intention de la donner” sur l’autre passager devant. Enfin, il a été accusé de “violences volontaires aggravées par une personne exerçant l’autorité publique” sur le passager arrière, qui s’est blessé à la main droite, mais dont les jours ne sont pas en danger. Selon le rapport de police, un chauffeur de taxi, qui affirme avoir vu toute la scène, “a confirmé l’autodéfense évoquée par les employés”. Toutefois, le parquet de Paris a précisé à l’Agence française que de nombreuses enquêtes sur les faits, en partie à caractère criminel, devaient encore être menées, notamment sur la question de la légitime défense. A ce stade, cette circonstance n’est donc pas maintenue. Cependant, cela peut changer pendant l’enseignement.

2 Comment la légitime défense s’applique-t-elle aux policiers?

La légitime défense est l’une des causes de l’irresponsabilité pénale : elle est valable lorsqu’une infraction a été commise volontairement, mais que les circonstances la justifient dans un cadre défini par la loi. À l’hiver 2016, la police a organisé des manifestations, notamment pour modifier les règles d’utilisation des armes à feu par la police. Ils obtiennent gain de cause : la loi du 28 février 2017 élargit les conditions dans lesquelles les policiers peuvent faire usage de leurs armes et aligne leurs droits sur ceux des gendarmes. L’article 453-1, qui s’applique à tous les services répressifs, précise qu’un tel usage doit être fait “en cas de nécessité absolue et de manière strictement proportionnée”. Cinq circonstances sont possibles. Premièrement, l’usage d’une arme en cas d’”atteintes à la vie ou à l’intégrité physique” d’un policier ou d’une autre personne est autorisé. C’est également le cas lorsque, « après deux appels bruyants », les salariés ne peuvent « autrement défendre les postes qu’ils occupent ou les personnes qui leur sont confiées ». Ou, troisième scénario, s’ils ne parviennent pas à appréhender les individus “susceptibles de commettre des atteintes à leur vie ou à leur intégrité physique ou à celles d’autrui en fuyant”. Ils peuvent également utiliser leur arme dans le seul but d’empêcher la répétition, dans un court laps de temps, d’un ou plusieurs meurtres ou tentatives de meurtre qui viennent d’être commis. De plus, les policiers sont autorisés à faire usage de leur arme lorsqu’”ils ne peuvent pas arrêter autrement” les véhicules “dont les conducteurs n’obéissent pas à l’ordre d’arrêt”, mais si et seulement si les passagers “sont susceptibles de commettre des attentats pendant leur vol pour leur vie”. ou leur intégrité physique ou celle d’autrui ». Le policier semblait être dans ce cas lorsqu’il a ouvert le feu près du Pont-Neuf. Cependant, comme le souligne BFMTV, les deux enquêteurs ont estimé que sa réponse était disproportionnée. Cependant, pour que la légitime défense soit valable, la réponse du policier doit être à la hauteur de la gravité de l’attaque.

3 Existe-t-il des précédents ?

Trois policiers ont été inculpés en 2018 et 2020 pour des affaires similaires, qui font toujours l’objet d’une enquête. Plus récemment, un policier de 32 ans a été inculpé de “violence intentionnelle ayant entraîné la mort sans intention d’y renoncer”. Ce brigadier de la BAC a voulu contrôler, le 26 mars, une camionnette qui avait été déclarée volée, conduite par un habitant du quartier des Beaudottes à Sevran (Seine-Saint-Denis). Lorsque ce chauffeur est parti, le policier a tiré sur lui et l’a blessé mortellement. “Une mise en examen pour ‘homicide involontaire’, on en voit régulièrement. En revanche, ‘l’homicide volontaire’, qui suppose que le policier avait la volonté de tuer, c’est très rare”, a déclaré à franceinfo Fabien Jobard, directeur de recherche. au CNRS, co-auteur de Sociologie de la police (éd. Armand Colin, 2015) avec Jacques de Maillard. “Le juge considère qu’il est très possible que le policier ait utilisé son arme sans aucun danger, qu’il l’ait fait dans le but de blesser la vie de la personne contre laquelle il a tiré, c’est-à-dire que le policier avait un contrôle total. de ses moyens lorsqu’il a utilisé son arme”, analyse le chercheur.

4 Comment les syndicats de police ont-ils réagi ?

Le syndicat de police Alliance a aussitôt contesté une “décision inacceptable” des enquêteurs. “Ce policier est condamné à trente ans de prison pour avoir tiré pour protéger son intégrité physique et celle de ses collègues sur le terrain”, a déclaré mercredi soir à franceinfo Stanislas Gaudon, représentant général de la France. De son côté, le syndicat de la Cellule SGP Police a rappelé à l’Agence française qu’il souhaitait créer “un tribunal et des magistrats spécialisés rompus aux difficultés du métier de policier”. Une demande similaire à celle de l’Unsa Police, un syndicat qui “s’interroge” sur l’inculpation du pacifiste qui a tiré près du Pont-Neuf. “Quelques fractions de seconde… C’est le temps accordé à un policier de garde pour décider de faire usage de son arme”, a indiqué la police de l’Unsa dans un communiqué consulté par franceinfo. Le syndicat annonce sa participation au rassemblement organisé par l’Alliance, le lundi 2 mai, à midi, devant la fontaine Saint-Michel à Paris, non loin du palais de justice. Manifestation en défense de “la légitime défense et la présomption de légitime défense des policiers”.

5 Pourquoi les syndicats reparlent-ils d’une « présomption d’autodéfense policière » ?

L’Alliance défend vigoureusement cette mesure, qui était au coeur de sa “grande campagne orale” pour les candidats à la présidentielle, qui s’est déroulée le 2 février. Il a été porté par Marine Le Pen et Eric Zemmour pendant la campagne. L’idée est loin d’être nouvelle : la candidate de la Coalition nationale l’avait déjà inscrite à son programme en 2012 et 2017, dans le sillage de son père en 2007, rappelle Libération. Selon Olivier Cahn, chercheur au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions criminelles (Cesdip), cette “présomption de légitime défense” renverserait la charge de la preuve. “Il appartiendra alors à la personne qui s’estime victime d’abus de prouver que le policier n’était pas en état de légitime défense”, a-t-il déclaré à La Croix.. A Libération, le secrétaire national du syndicat des magistrats estime que cette “facilité” serait “hyperproblématique. Un avis partagé par Fabien Jobard : « Encore faut-il déchiffrer ce que cela signifie juridiquement : cela veut dire que lorsqu’un policier fait usage de la force ou de son arme à feu, rien ne peut être fait contre lui car il n’est pas considéré comme responsable de son acte.