Quelques heures après le dernier conseil des ministres de Jean Castex, toutes les têtes sont tournées vers le futur locataire de Matignon. Emanuel Macron a donné ce mercredi à Cergy-Pontoise pour son premier déplacement depuis sa victoire, un indice du profil qu’il souhaite. Ce sera quelqu’un qui « s’accroche à la question sociale, à la question environnementale et à la question productive ». Parmi les noms qui circulent, plusieurs profils semblent correspondre à cette feuille de match, d’autres semblent plus éloignés. Elisabeth Borne, l’actuelle ministre du Travail, fait partie des profils envisagés. Son passage du cabinet de Ségolène Royal alors ministre de l’Ecologie avant de devenir ministre des Transports en 2017 puis de la Transition écologique en 2019 pourrait jouer en sa faveur. De son poste rue de Grenelle, elle peut aussi s’enorgueillir de bien connaître les syndicats, un élément en sa faveur au moment de négocier l’allongement de l’âge de la retraite. Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale, semble cocher les cases. Issu de la gauche, il est un ancien partisan de Martine Aubry à la primaire socialiste puis un proche des députés rebelles, l’aile gauche des Pays-Bas lors de son précédent quinquennat. Il a également soutenu la taxe sur les camions lourds, qui a été le point de départ du mouvement Red Riding Hood, avant de rouler à vélo. Problème : il est toujours impliqué dans une affaire immobilière des Mutuelles de Bretagne, qu’il dirigeait autrefois et qui lui avait déjà coûté son poste de ministre en 2017. (Anticor a fait appel en 2021 pour contester la prescription intentée contre Richard Note par l’éditeur Ferrand). Julien Denormandie fait également partie des choix sur la table. Lui aussi vient de la gauche. Mais son nom pourrait être ébranlé par les écologistes, et sa vision de la gestion forestière française s’est démarquée, tout comme sa proximité avec la FNSEA. Ses propos dans lesquels il confirmait qu’”une cinquantaine d’hommes isolés en Île-de-France dorment dehors” en 2018 avaient également provoqué des troubles, sans compter le fait qu’il n’a aucune spécialisation dans les questions sociales. Est également évoqué le nom de Christine Lagarde qui aurait glissé de Nicolas Sarkozy à Emanuel Macron. Si la présidente de la BCE a l’avantage du profil international, de nombreux facteurs jouent en sa défaveur. Plusieurs de ses posts médiatiques ont été évoqués lors de son passage à Bercy. Face à la hausse du prix de l’essence en 2007, il propose aux Français “d’utiliser leur vélo”. La même année, il évoque également le lancement d’un “plan de rigueur” quelques jours avant la crise des subprimes. Autant d’éléments qui ne pèsent pas vraiment en sa faveur au milieu de la hausse des prix à la pompe et des problèmes de pouvoir d’achat. Le nom de Nicole Notat, l’ancienne patronne de la CFDT, est également dévoilé. A 74 ans, elle connaît bien les arcanes des relations sociales, un point fort, et a travaillé au Ségur de la santé pour le compte du gouvernement en mai 2020, l’une des priorités du nouveau quinquennat d’Emmanuel Macron. Cependant, il ignore les problèmes environnementaux. Enfin, Nathalie Kosciusko-Morizet fait partie des options envisagées. Cet ancien ministre de l’Ecologie sous Nicolas Sarkozy a été l’un des premiers de la droite à s’intéresser aux questions environnementales. Après sa défaite aux élections législatives de 2017 face au candidat LaREM Gilles Legendre, elle part pour New York où elle travaille d’abord pour le cabinet de conseil Capgemini avant de rejoindre un fonds d’investissement. Quelques semaines après la polémique sur McKinsey, son CV pourrait faire l’affaire, sans compter qu’elle n’a aucune spécialisation dans les relations sociales.